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Le “Bonheur” au Lido de Paris
Enviado por Redacción el 8. Diciembre 2011 @ 13:58 En Cartas a Ofelia | 1 comentario
Cartas a Ofelia/ Crónicas desde París
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Cubamatinal/ Paris le 4 décembre 2011.
Au Lido, le “Bonheur” est de la revue! De la nouvelle revue qui brûle les planches du plus célèbre cabaret du monde où “Bonheur” est à l’affiche !
Le Lido est comme un grand navire ancré sur les Champs-Elysées où s’embarquent, chaque soir, 2000 spectateurs comblés par le luxe des costumes, le rythme du spectacle, la beauté des danseurs, la sophistication des moyens scéniques… l’excellence d’un souper signé Philippe Lacroix. C’est cinq ans de croisière immobile: la revue change tous les cinq ans. C’est une machinerie invisible et silencieuse qui, en coulisses, par des jeux de treuils, plateaux, poulies analogues à ceux des porteavions, permet de changer de tableaux, d’alterner piste de glace et piscine.
Sur le pont : quatre cents membres d’équipage unis, du machiniste à la meneuse, par la même complicité artistique sous la direction de Pierre Rambert, metteur en scène et grand amiral.
Aux commandes: une nouvelle génération d’armateurs. Les jeunes Producteurs Carl et Frank Clerico, héritiers de la tradition qui entérinent la rupture avec le passé pour coller à leur époque. C’est à dire à la nôtre. Troisième millénaire et double impératif. Créer l’émotion et faire impression en lançant, pour la première fois au Lido, le fil rouge d’une seule intrigue qui lie chaque tableau : Une femme à la recherche du bonheur.
“Bonheur” a un prix. 9 millions d’euros dont 3 millions pour les costumes. Et maintenant, place au générique !
Pierre Rambert, directeur artistique du Lido a conçu le spectacle et l’a mis en scène. Pour lui, le music-hall est le carrefour de tous les arts, d’où sa recherche au niveau décor, musique, et éclairage de gens venus de l’opéra, du théâtre et du cinéma. Ce fils d’enseignants, à 12 ans, rêve de danse. A 20 ans, il lâche Normal Sup. pour le Conservatoire National de Musique, apprend la danse avec Boris Kniasseff et Serge Peretti, ce qui lui vaudra d’entrer plus tard dans les ballets de Roland Petit puis au Lido comme danseur principal. Huit ans après, il succède à Miss Bluebell à la direction des ballets et occupe depuis quatre ans la fonction de directeur artistique.
La revue “Bonheur”, Pierre Rambert l’a conçue à partir d’une idée maîtresse qui tient lieu de lien aux quatre tableaux. “J’ai imaginé une femme-oiseau arrivant sur son nuage de plumes d’un rivage où le bonheur n’existe pas. Elle va le découvrir à travers quatre univers : la Femme, Paris, l’Inde et le Cinéma.
Bonheur d’être une femme fatale, une séductrice, une romantique, une amoureuse, une femme fleur… Bonheur de Paris. Ses toits, ses vitrines, ses nuits et ses « rêvesparty ». Le Bonheur ailleurs, c’est L’Inde et ses légendes. Le Bonheur autrement, la musique et Le Cinéma, lanterne magique qui l’entraîne à la rencontre de Charlie Chaplin, Fellini et Marylin. Avec Cabaret, la boucle est bouclée : les oiseaux du Bonheur ont retrouvé leurs couleurs.
Jean-Claude Petit , compositeur: « Bonheur », c’est 70 musiciens et choristes et 100 heures d’enregistrement. La musique de “Bonheur” rend heureux ! Internationale, elle a l’accent français de ces comédies musicales dont les airs vous trottent en tête longtemps après le rideau retombé. On appelle cela des succès. Légère, pétillante, ébouriffante au final, elle est l’oeuvre du compositeur Jean –Claude Petit qui fit danser les ballets de Roland Petit, signa les succès de Claude François, orchestra de grands films comme Cyrano de Bergerac et Manon des Sources en sachant que chaque séquence doit être minutée.
A travers les quatre tableaux de la revue et les sept chansons de la “meneuse”, Jean-Claude Petit en une heure trente minutes, rythme tout un univers d’émotions: la Femme. Paris. L’Inde. Le Cinéma. “Je rêve en musique. Six mois de travail pour transformer les images en sons, intégrer le rythme américain à la culture française, échantillonner des instruments sur ordinateurs afin de réinventer la musique indienne, revisiter Charles Aznavour et Michel Legrand, prendre à revers les clichés en associant des airs d’hier aux tableaux les plus modernes. Créer sans cesse la surprise.
70 musiciens et choristes et 100 heures de studio, pour enregistrer l’intégralité de la partition du spectacle, qui pendant les représentations est soutenue live par l’orchestre du Lido. Un mois de travail chronométré à la seconde près pour coller aux chorégraphies des 42 Bluebells et des 16 danseurs et de leurs capitaines. Le système numérique le plus performant du monde mobilise 70 enceintes, 25 amplis et 20.000 watts de puissance.
Charlie Harlie Mangel et Arnaud de Segonzac signent les vingt-trois décors. Trois mois de travail pour 150 artisans. Ces maîtres de l’illusion ont des références : deux cent cinquante décors brossés pour les théâtres : la Comédie Française, Mogador, le Palais Royal, ou Marigny. « La revue du Lido impose d’être ingénieux et de créer d’étourdissants changements à vue devant le public qui adore participer au spectacle se demandant comment çà fonctionne ».
Les vingt-trois décors de “Bonheur” impressionnent. La nef d’une cathédrale de lumière, un escalier qui se déploie sur plus de cinq mètres, un jet privé survolant le public pour atterrir sur scène, les toits de Paris et leurs chats, l’avenue Montaigne ouvrant ses vitrines sur un défilé haute couture avant de se transformer en décor industriel de “rêve-party”, un temple hindou aux sculptures vivantes.
Le scénographe doit solliciter l’imagination, donner l’illusion du spectaculaire, jouer du trompe l’oeil pour magnifier les proportions…La machinerie du Lido, son décor tournant, ses trois élévateurs qui font tomber du ciel et remonter dans les cintres, grands escaliers, patinoire ou piscine, les 14 mètres de large d’une scène que prolonge un plateau de 49 m2, multiplient les possibilités de décors panoramiques. Mais le challenge, c’est leur conception technique qui doit permettre le rangement des plus grands décors dans des lieux exigus avant leur déploiement sous les projecteurs.
Au 3° tableau, le temple indien monté sur plateau tournant culmine à 5 mètres, se déplie comme une pyramide mais tient en coulisses dans un espace d’1 m 90. Sur scène, effet magique, effet technique, quatre bras télescopiques transforment quatre statues du temple en danseuses érotiques bien vivantes. 3 minutes 40 secondes d’émerveillement.
“Bonheur”, c’est vingt-trois décors différents dont les changements s’opèrent derrière le rideau au moment des attractions. Comme rien n’est impossible, la technique suit l’idée. Les chevaux bleus et or, noirs et or crachant de l’eau à 8 mètres pour faire jaillir un arc-en-ciel, Pierre Rambert les a rêvés, Charlie Mangel les a conçus et des ateliers spécialisés les ont faits. Le Lido fait travailler trois ateliers. A Paris, les Ateliers Marigny, à Lille, Les Ateliers du Nord qui mettent au service du Lido leur très haute technicité, et à Orange, Artefact. Là, pendant trois mois, cent cinquante menuisiers, tapissiers, sculpteurs, ingénieurs en hydraulique et en électricité… donnent corps à tous les rêves. Impossible n’est pas Lido.
Fabrice Kebour, c’est Monsieur 100.000 watts, concepteur des lumières. Le faiseur d’étincelles et d’effets spéciaux. De l’Opéra Comique aux Arènes de Vérone, en passant par le Théâtre Marigny, l’homme a maîtrisé leur puissance et leurs sortilèges. Or, l’agencement haute technologie du Lido, seul cabaret au monde à pouvoir rivaliser avec Las Vegas, dépasse l’imaginable, autorise l’impensable.
Etat des lieux : Un appareil de projection grandes images de 7000 watts. 90 projecteurs de dernière génération contrôlés par ordinateur. 200 changeurs de couleurs disposant de 32 couleurs par projecteur. 2 lasers de 12 watts alimentant 7 sources laser dont 2 asservis, fabriquées spécialement pour le Lido. 350 projecteurs d’un poids total de 7 tonnes. La console d’éclairage ? Une Wholehog 3, la plus performante du monde. Ajoutez 32 kilomètres de fibre optique, 600 mètres de néon, des dizaines de milliers d’ampoules…
Projection d’images, effets laser faisant disparaître les danseuses, ciel étoilé de fibres optiques, nuée de couleurs en feux d’artifice… la lumière, froide ou chaude, est objets, paysages, symboles, sentiments. Pour suggérer le glacé de la solitude, Fabrice Kebour associe la salle à la scène en actionnant cent cinquante projecteurs automatisés qui givrent les murs de projections cristallines. Quand retentit l’Hymne à l’Amour, une nef de lumière irradiant de l’intérieur créel’éblouissement. Contact ! Et le plexiglas spécialement traité pour absorber la couleur devient matière vivante. L’eau se transforme en arc-en-ciel.
Deux grands chorégraphes travaillent avec Pierre Rambert : d’origine australienne, Craig Revel Horwood a dansé dans “West Side Story”, “Me and my girl”, “La Cage aux Folles”, “Ladies Night” et au Lido. Il a chorégraphié depuis un grand nombre de spectacles à travers le monde dont “Crazy for You”, et “Martin Guerre” et reçu l’Evening Standard Award for Best Musical pour “Spend, Spend, Spend “. Mic Thompson, a été élu, à 15 ans, meilleur danseur Latino aux Etats Unis. A Las Vegas, il a participé à des ballets pour Diana Ross, Jennifer Lopez et Michael Jackson. Il a commencé sa carrière de chorégraphe avec Walt Disney avant de faire danser “Cabaret”, “Footloose“, ou “Sweet Charity“. “Swinging on a Star” lui vaudra d’être nominé pour un NAACP, Best Choregraphy Award.
Le Lido a le plaisir d’accueillir une nouvelle chanteuse et meneuse pour la revue Bonheur. Hollandaise, blonde aux yeux bleus à la silhouette de mannequin, Carien Keizer mène la revue Bonheur au Lido depuis mars 2010. Après la Dance Academy Lucia Martha à Amsterdam, Carien Keizer commence sa carrière et parcours la Hollande, l’Allemagne et l’Autriche. Aux comédies musicales Saturday Night Fever, 42nd Street, Aida, Cats, Hair et Ich War Noch Niemals In NY, s’ajoute à son expérience de nombreuses émissions de télévision. Avec son élégance, son charisme et sa voix « happy pop », Carien Keizer chante en live et emporte avec elle les 70 artistes qui l’accompagnent chaque soir sur la scène du Lido.
Pierre Marchand a rejoint la revue « Bonheur » en mars 2007. Il présente un époustouflant numéro de Diabolos. D’origine française, Pierre a déjà travaillé sur plusieurs scènes internationales avant de s’arrêter pour quelques années sur la scène du Lido.
Housch-Ma-Housch , après l’école du Cirque de Kiev, se spécialise dans le comique. Primé de nombreuses fois dans différents Festival du Cirque, il enchante et amuse les spectateurs du Lido depuis 2010.
Franck Laure , diplômé du Conservatoire d’Art Dramatique présente un incroyable numéro de tissus aériens. Un nouveau langage du corps et de l’étoffe d’une étonnante pureté.
Les patineurs, Lesley Rogers et Franck Levier sont les étoiles de glace dans la grande tradition du Lido.
Dominique Formalhs règne au Lido sur les cent vingt tonnes de la piscine, les sept chevaux qui crachent l’eau à 10 mètres, le rideau de pluie qui sépare le public de la scène, et permet des projections d’images. A Strasbourg, sous la raison sociale d ‘Aquatique Show International, il est Neptune. Depuis quinze ans, ce spécialiste en spectacles d’eau – écrans d’eau, geysers, brouillards, orgues aquatiques – fait la pluie et le beau temps pour Walt Disney, Las Vegas, le Futuroscope de Poitiers. Quinze ans qu’il oeuvre pour le Lido dont il assure cette année la vingt-sixième revue avec un rideau de pluie qui tient lieu de rideau de scène et peut devenir opaque ou transparent selon les lumières. Un bassin en soussol lui permet d’alimenter 12.000 points d’eau sur 12 mètres de long. La Piscine ?
C’est 80.000 litres, soit cent vingt tonnes, stockés sous le public et déplacés par ascenseur pour arriver au niveau de la scène au moment du show. Dans le tableau indien, sept têtes de chevaux crachent de l’eau à 8 mètres sans qu’une seule goutte ne tombe à côté du bassin. Eclairés sur toute leur longueur, chaque jet fend l’espace en un jaillis-sement de lumière colorée.
Dominique Lebourges : de ses ateliers - Artefact à Orange – sont sortis les décors les plus en vue du show bizz. Celui du show de Johnny Hallyday, ceux des Opéra Bastille, Garnier et Monte Carlo, des comédies musicales comme Roméo et Juliette et Les Demoiselles de Rochefort au Palais des Congrès. Au Lido, dans la revue Bonheur, la magie indienne, c’est lui ! Mettre en scène un temple indien, qu’on puisse replier sur 2 mètres d’envergure pour le ranger en coulisses, exige une grosse étude mécanisée. Six personnes ont planché sur sa construction et sont parvenues à conjuguer déploiement et repliement dans une harmonie parfaite. Fabriquer des chevaux cracheurs d’eau qui aient l’air plus vrais que nature n’a pas été une mince affaire. Pour que les sept têtes puissent bouger, il a fallu trouver l’impossible : des matériaux souples qui donnent l’illusion du réel.
Quant aux prestigieux Ateliers du Nord, ils mettent au service de la revue leur maîtrise technique et artistique, et les Ateliers Marigny apportent la sophistication et le raffinement de leurs réalisations.
Des robes dans la tradition de la haute couture comme pour un défilé Dior ou Chanel ! Des chapeaux - chefs-d’oeuvre à la Cecil Beaton, les plumes de Chanteclerc dans le panache des femmes -oiseaux, des broderies main à fleur de peau pour les six cents costumes de la revue la plus magnifiquement déshabillée du monde: la revue Bonheur qui entre en scène en décembre 2003.
Le Lido n’en est pas à une contradiction près. Nu élégantissime et costumes somptueux. Pour femmes fatales, femmes -fleurs et femmes-chats, femmes-araignées et femmes-bijoux, maharanés, déesses, danseuses sacrées et sacrées stars en hommage au cinéma. A Chaplin, Fellini, Marilyn,… Mieux qu’un spectacle, tout un voyage d’émotions qui accrochent la lumière et le rêve.
Débauche de luxe et d’effets spéciaux sous les 100.000 volts des projecteurs. Les éventails de plumes se déplient sur 1 m 85 d’envergure. La divine Diva descend d’avion sous un ciel étoilé de mille fibres optiques. Les toits de Paris sont livrés aux chats, ses vitrines à un défilé “couture”.
Hommage à l’Inde, le 3° tableau - 15 minutes 55 de magie -, voit se succéder, un temple qui tourne sur lui-même, un palais, un cheval à sept têtes qui crachent l’eau d’où naît l’arc - en - ciel, un bassin aux fleurs de lotus. Plein les yeux et bonheur total!
Tous les cinq ans, le Lido change de spectacle. Après la magie, le “Bonheur”. Pour sa 26° revue, la première du 3 ème millénaire, place aux plus grands. A l’affiche Hippolyte et Yann Romain qui succèdent à René Gruau. Jean-Claude Petit a composé la musique. Fabrice Kebour dompté les lumières. Les grands du théâtre - Charlie Mangel et Arnaud de Segonzac - ont inventé les décors.
Pour allumer des étoiles dans les yeux des spectateurs, le Lido a fait appel aux plus grands artisans du costume et aux fournisseurs de la haute couture. Edwin Piekny, ancien danseur du Lido, a dessiné tous les costumes du spectacle. Un an et demi pour mettre au point 140 maquettes. Trois millions d’euros de budget pour réaliser les 600 costumes dans la tradition du Lido - élégance et magnificence - que Carl et Frank Clerico, les nouveaux PDG du Lido, héritiers d’une grande dynastie, ont souhaité encore surpasser.
A travers les quatre tableaux qui composent la revue – La Femme, Paris, L’Inde, Le Cinéma - les 600 costumes d’Edwin Piekny ajoutent à l’heure éblouissante d’une belle histoire imaginée, conçue et mise en scène par Pierre Rambert. L’histoire d’une héroïne incarnée par la meneuse Sabine Hettlich, qui cherche la clé du bonheur et la trouve. Dans l’Amour. Quand on aime, on ne compte pas. Le Lido n’a pas compté. Budget colossal. Le somptueux manteau du final en autruche et marabout blanc bleu, qui s’ouvre sur le corps nu souligné d’or de la danseuse principale, dépasse 18.000 euros.
Pour “L’Hymne à l’Amour” où dix-huit danseuses symbolisent, chacune, une fleur différente - rose, iris, arum, pavot, camélia, orchidée… les six minutes trente de bonheur du tableau atteignent le coût himalayen de 116.000 euros. Chaque costume en vaut 12.000.
Dessiner pour le Lido vous dira Edwin Piekny est un régal. « On habille des corps divins en suivant deux règles d’or. Exagérer les proportions en accentuant la longueur des jambes (la scène rétrécit les effets) et ressusciter l’élégance somptuaire des grandes années du music - hall dont le public a gardé la nostalgie ».
Mine Barral Vergès , costumière : « L’important c’est le string ; C’est lui qui supporte tout le poids du costume, des broderies et des plumes. Le tout peut atteindre jusqu’à 20 kilos ». Elle est la grande dame du music - hall. Celle qui créa les costumes de scène de Joséphine Baker, Barbara et Dalida. Depuis 30 ans, avec douze ouvrières à l’année, elle habille le Lido. A part les collants résille et les costumes d’hommes réalisés à Rome par Gabriele Pacchia , les 400 costumes des Bluebells sortent de son atelier du Palais Royal. Ne pas s’étonner si la revue a le style couture : elle a travaillé avec les plus grands comme ThierryMugler . D’où, le glamour du 2éme tableau qui met Paris en scène avec un vrai défilé de mode inspiré par les collections, les couvertures de magazines et, Paris coquin oblige, dans le 1er tableau, la volupté piquante des dentelles, des bas noirs et des porte-jarretelles revus et corrigés pour la scène!
Comme Mine Verges centralise le travail de tous les intervenants, son atelier est un caravansérail de sophistications croulant sous les plumes, les fleurs, les broderies, les stretchs, les bayadères et les imprimés Renaissance, les cuirs de chats sauvages, les mousselines pailletées sur indémaillable couleur de “chair” pour faire scintiller les peaux nues. Mais, pour Mine, le rôle le plus important d’une revue est tenu par le string. Ce triangle de quelques centimètres de toile surpiquée doit être assez costaud pour servir de base et d’appui aux dizaines de kilos de plumes et de broderies dont tout le poids repose sur les hanches. A chaque costume, son string taillé au millimètre près!
De la ville à la scène, François Lesage qui griffe les grands soirs de Dior ou Chanel, a brodé pour la meneuse sept robes – bijoux. La base, un tulle stretch couleur “chair” plus ou moins ambrée qui donne le sentiment de nudité brodée.
Créées pour enflammer la scène, ces sept robes de mille et huit cents nuits – la revue est partie pour cinq ans, faites vos comptes – sont éblouissantes. L’une est un incendie de paillettes feu et flamme, de cailloux et de cristaux sur un tulle dégradé de l’orange au rubis. Une autre s’orfèvre de cristal et micro diamants qui réfractent la lumière dans un effet de miroirs brisés. Couleur de peau, un maillot plus nu que nu scintille de volutes et de courbes d’or qui soulignent la courbe des hanches et la rondeur des seins.
La broderie, révélateur de la nudité, allume le corps d’incandescences. Frangé d’éclats percés et de pampilles de cristal, un fourreau vert émeraude a exigé 400 heures de broderie. Une robe de lumière orfévrée de cristal totalise 1500 heures de broderies. Soit 150.000 paillettes, 50 mille tubes irisés et 4000 éclats percés. Dans une maison de couture, une telle robe serait facturée 45.000 euros.
Hommage au cinéma, le pull “Marilyn “ dont la photo en gros plan apparaît brodée de transparences sur fond de jais et diamants. Hommage à l’Inde, les danseuses indiennes en costumes, brodés par Caroline Valentin , dont les galons précieux sont orfévrés de pierreries fixées une à une à la main.
“Broder, dit François Lesage, c’est écrire son rêve avec une aiguille, avec une perle, avec tout ce qui peut enchanter”. Au Lido, rehaussé par les lumières, l’enchantement est total. Auquel participent aussi les deux maîtres es-broderies, Vermont et Carel.
La mode au pays des merveilles pour le tableau “L’Hymne à l’Amour” ! Soit six minutes trente de romantisme absolu dans le décor d’une cathédrale de lumière dont les icônes - les Bluebells – ont la tête en fleur. Coiffées chacune d’une variété différente. Rose, camélia, orchidée, iris, pavot, arum, azalée, pensée, jonquille et aster, pervenche et lys. Géant, chaque chapeau – 90 centimètres d’envergure – a exigé l’intervention de cinq corps de métier : une aquarelliste qui a peint l’étoffe ( Genève Cotte ), une brodeuse ( Caroline Valentin ), un bijoutier ( Pierre Annez ), un sculpteur ( Michel Carel ) chargé de la structure, et Maryse Roussel qui les a créés. Pour Maryse, chaque fleur c’est deux semaines de travail…
Réalisés selon les traditions, de vrais chapeaux - feutres, bicornes, toques, hauts de forme –sont aussi de la revue. Quand on est modiste comme Laurence Binet et Caroline Mondon qui travaillent pour “Michel”, coiffer un spectacle entraîne à des obligations. “Le chapeau de scène doit se voir de loin. Se poser vite. Etre monté, quelle que soit sa forme sur une calotte en toile de jute que l’on enfile comme un casque et sur laquelle, pour faciliter les changements de costumes, les boucles d’oreilles sont définitivement fixées”.
On l’appelle Eric . Son nom est Charles Donatien . Sa maison c’est Lemarié dont l’atelier, célèbre depuis plus d’un siècle, travaille les fleurs et les plumes pour toute la haute couture. Au Lido, Eric jongle avec le coq, l’oie, le vautour, l’autruche jusqu’à donner des ailes d’1m50 d’envergure à la meneuse. Des ailes d’un blanc d’ivoire touché de nacre rose et ciel : 500 plumes d’oie découpées et recollées à la main, plus 500 vautours oxygénés et pour le frisson visuel 30 autruches blanches. Si le manteau du final en autruche blanche (200 heures de travail) a le reflet bleuté d’un diamant, ce n’est pas une question de lumière, il est infiltré de marabout de trois tons de bleus différents.
Lemarié, créateur des fameux camélias Chanel, fait aussi la fleur. Découpée, peinte à la main, laitonnée, chacune demande plusieurs heures de travail avant d’éclore en épaulettes de pivoines ou en cent boutons de roses sur la robe de tulle de “L’Hymne à l’Amour”.
Enfin, dans la grande tradition du cabaret, la maison Février, spécialiste de la plume, habille les Oiseaux du Bonheur du premier tableau, tandis que John Swift et André Kemp signent l’ébouriffant final en noir et bleu.
Si l’Angleterre a encore des perruquiers, en France le métier a disparu. LindaMc Knight coiffe toute la revue, les Bluebells et les danseurs. C’est elle qui a réalisé les masques de chats, chats-voyoux et chattes-chics, les coiffures des stars mythiques - Charlie Chaplin, Marylin Monroe – et hommage à Fellini, celles des personnages de La Strada.
Pour Antoine Clairvoy bottier du Lido depuis 40 ans, la chaussure est d’abord un instrument de travail. Une revue, c’est 500 paires de chaussures. 15 modèles livrés chacun en 35 exemplaires mis au point sur formes par Antoine Clairvoy qui, depuis quarante ans, vit aux pieds des Bluebells. La pointure 40 est son ordinaire. « Pour une danseuse, l’important c’est le double cambrion d’acier, l’un invisible, l’autre vissé sous la semelle pour assurer au soulier sa stabilité. Pour éviter les déra-pages, toutes les semelles sont montées sous caoutchouc strié anti gliss ». Le pied n’est jamais nu. Contrefort obligatoire. Pour allonger la jambe, cuir chair en trompe l’oeil couleur du collant résille. Talons costauds de 7 à 8 centimètres. Trompe l’oeil aussi les faux-laçages des cuissardes si sophistiquées que leur prix de revient atteint 1000 euros. Multipliez le chiffre par 18 et imaginez la facture ! Délit d’initié : confrontés à la taille des danseuses qui mesurent 1m75 minimum, certains boys, même lorsqu’ils font 1m83 (hauteur réglementaire), commandent des chaussures avec liège intérieur les rehaussant de 2,5 cm.
Le bijou, c’est toute la magie du Lido: 60.000 pierres en scène. Pour les Bluebells dont les bijoux sont faits à la main par Pierre Annez , “Bonheur” c’est 180 paires de boucles d’oreilles, 164 bracelets, 47 colliers, 40 broches, 89 ornements de souliers, 72 brassards scintillants et six bodies – bijoux sertis, du cou jusqu’à la pointe des pieds, de 36.000 cristaux. Marina Gendre sait toute la magie de l’Orient. Elle règne sur le troisième tableau de la revue consacré à l’Inde, au temple de la déesse Shiva, à la légende du cheval blanc à sept têtes. Pour les danseuses sacrées, elle a ciselé trois cents parures composées de 150.000 perles, de fleurs de lotus, de pierres multicolores dans l’esprit Cartier au temps des maharadjahs. Chaque danseuse, c’est six colliers, six bracelets reliés les uns aux autres du poignet à l’épaule. Un travail qui exige un montage solide, des fermoirs costauds à gros anneaux pour aller vite, des colliers dont certaines perles sont écrasées sur le fil pour retenir les autres en cas de rupture. Vingt joncs doivent pouvoir s’enfiler d’un geste. Pour le tableau “Arc - en - ciel” où quinze danseuses ont les jambes, les bras, le dos embijoutés sous huit rangs de colliers, il a fallu 42.900 perles.
Félix José Hernández.
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